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Bentley Continental Flying Spur

19/07/2006 - Lu 2150 fois
Solitaire
Jalouse de ses privilèges, la Bentley Continental Flying Spur n'ouvre ses portes qu'à une minorité d'individus sur la planète. Pendant quelques heures, nous avons pu goûter ses charmes.
Solitaire : un mot qui sied comme un gant à la Bentley Continental Flying Spur. Tout d'abord parce qu'elle est, au monde, la seule berline fabriquée en (petite) série capable de dépasser les 300 km/h. Ensuite, parce que son prix, certes plus élevé que ceux des Mercedes Classe S, BMW Série 7 et autre Audi A8, la place au rayon braderie des Maybach, Rolls-Royce ou encore... Bentley Arnage. Enfin, parce que comme le diamant monté seul sur une bague, elle est un bijou qui, s'il brille par sa discrétion de bon aloi, n'en reste pas moins très désirable.

Une comparaison qui flattera les dirigeants de Bentley et les rassurera sur la réussite de leur coup de poker. Celui d'avoir lancé le coupé GT bien avant la berline Flying Spur dont les premières esquisses sont pourtant antérieures. Si, contre toute logique, le coupé a été dévoilé d'abord, c'est tout simplement parce qu'il fallait marquer les esprits.
Donner un sens à l'histoire Bentley. Tourner la page de l'épisode Rolls-Royce pour en écrire de plus glorieuses. Une idée de génie récompensée par des ventes qui ont explosé : de 1 017 en 2003, elles sont passées à 6 576 douze mois plus tard grâce au succès incroyable de la Continental GT ! Basée sur un empattement rallongé de 30 cm par rapport au coupé, la berline " éperon d'argent " (la traduction française de Flying Spur) partage avec celui-ci 62 % de ses organes.

Ainsi, son moteur -un W12 biturbo de 560 ch- est commun aux deux voitures. Si la boîte elle aussi est identique sur les deux variantes de carrosserie, sa programmation électronique est différente en fonction des utilisations. Alors que les freins peuvent être montés indifféremment sur le coupé ou la berline, la direction n'est pas la même -elle a été revue pour améliorer la précision autour du point milieu sur la variante la plus familiale- et les éléments de suspension sont spécifiques selon le modèle. Un moteur d'avion, une boîte digne d'un engin de travaux publics et une carrosserie s'étirant sur 5,31 m (50 cm de plus que le coupé), le pire était à redouter en matière de poids. Les responsables de la berline ont dû faire sérieusement phosphorer leurs méninges pour limiter la surcharge pondérale à 90 kg.

Notez au passage que, en avouant la masse de 2 475 kg à vide sur la bascule, la Flying Spur n'est néanmoins pas prête à combattre demain dans la catégorie des superlégers... Puisque nous en sommes à deviser sur la forme, sachez que la seule pièce de carrosserie héritée du coupé est le capot du moteur en aluminium. Les ailes avant ? Elles n'ont pas les mêmes galbes, pas plus qu'elles n'utilisent le même matériau (alu pour la berline, composite pour le coupé).
Et ainsi de suite. Pour passer de 250 km/h à plus de 300 km/h, une voiture a besoin de 60 % de puissance supplémentaire. Et requiert des appuis aérodynamiques autrement plus importants sous peine d'envol immédiat. Aucun becquet arrière, pas même l'amorce d'un aileron, encore moins la trace d'un appendice disgracieux. Juste une petite lèvre sur le couvercle de coffre. Suffisant ?

Voyez plutôt. La bouche ouverte dans le pare-chocs arrière n'a rien d'un élément de style gratuit ni d'une découpe factice. Elle a pour vocation d'être un extracteur d'air monté au bout d'un diffuseur de flux très travaillé dissimulé sous la voiture. Combiné à une assiette variable (la Flying Spur s'abaisse à l'avant de 10 mm et à l'arrière de 25 mm au-dessus de 250 km/h), celui-ci suffit pour garantir une tenue de cap imperturbable, même à l'approche de la vitesse maximale. La fièvre monte, l'envie de pousser sur le bouton du démarreur vous tenaille de plus en plus fort. Stop. Prenez encore le temps d'apprécier la nouvelle clé estampillée Bentley. Ou d'admirer la qualité des cuirs (onze peaux sont nécessaires pour habiller entièrement le cocon, ciel de toit compris), le travail de ceux-ci (cinq heures uniquement pour recouvrir le seul volant), la beauté des boiseries et... le poids du cendrier arrière de la version à quatre places indépendantes. En zinc massif, il pèse quinze mille fois plus lourd que celui d'une Renault Espace, pourtant identique par la forme et l'usage ! Les sièges avant sont nouveaux. Et plus confortables. Rien à voir toutefois avec l'espace dévolu aux passagers arrière. Votre passagère a les jambes d'Adriana Karembeu ? Aucun souci. Vous-même jouez dans une équipe de basket ? Aucun problème : la Continental Flying Spur a été taillée pour vos gabarits. James, en route. C'est à ce moment précis qu'après avoir été impressionné par l'épaisseur du montant central (plus de 30 cm à sa base !), vous déplorerez l'absence de tablette rabattable -impossible de poser un verre de whisky pur malt ou encore de signer un contrat- et que votre moitié s'indignera de la disparition des miroirs installés traditionnellement dans les montants de custode des Bentley. James, pour sa part, n'aura de cesse de s'émerveiller devant la force de la mécanique (elle tire du repos cette lourde berline et lui fait atteindre 100 km/h en 5,2 s à peine), de s'ébaudir de la douceur de la transmission et de vanter la puissance du freinage. Jusqu'au moment où, perdu dans ses rêves, il s'écartera du bon chemin. C'est alors qu'après avoir fait l'éloge du modernisme de la Continental Flying Spur, il pestera contre le côté dépassé de son système de navigation, utilisant toujours un CD-Rom alors qu'une Audi plus roturière fait depuis longtemps usage d'un DVD.




De conception moderne dans son ensemble mais désuète par certains aspects, d'apparence massive tout en étant élégante, confortable tout en restant dynamique, d'allure statutaire mais aux performances sportives, la Bentley Continental Flying Spur cultive le paradoxe avec un rare talent. Une attitude qui aurait probablement fait sourire Sir Owen Walter Bentley, le fondateur de la marque, aujourd'hui disparu.









 
 
Marque Modèle Finition Puissance
réelle
Type de
carrosserie
Bentley Continental Flying Spur   560 ch Berline
Prix du neuf (avec équipement de série) : 174 796 euros
   


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Auteur : benaicha hakim infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur
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